Gueule d'ange

Film présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018
Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

Drame de Vanessa Filho

Avec Marion Cotillard, Alban Lenoir

France, 2h

lundi 25 juin - 21h

mardi 26 juin - 14h30 ciné sénior 4,50 €, échange et goûter sur le film offert

mardi 26 juin - 18h30

Et c’est ce temps, soudain distendu, que saisit Vanessa Filho dans son premier long métrage. La lumière colorée et accablante du Midi, aussi, qui semble retenir les personnages dans ses rets. Laissée à elle-même, comme les gamins de Nobody knows, de Hirokazu Kore-eda, il y a quelques années, Elli commence à entasser de la vaisselle sale et des pizzas racornies dans l’appartement. Puis se ressaisit et se métamorphose. Sa mère l’a élevée pour être son mini-double ? Elle le devient. Loin de ses camarades de classe, trop enfantins à ses yeux, elle se choisit un père de substitution. Et lorsque l’heureux élu, gêné, la repousse, elle s’accroche à lui, telle une petite amoureuse. Exactement comme maman. On a donc l’impression d’un danger invisible qui plane. Parce qu’on ne perçoit que trop bien le trouble qui naît dans l’esprit d’une fillette, cernée par l’absence et le vide. Et sa découverte de la trahison et d’un sentiment inconnu qui ressemble fort à de la haine. La réalisatrice s’appuie habilement sur le regard — inquiétant — de la petite Ayline Aksoy-Etaix. Et sur le talent de Marion Cotillard, toujours précise et juste, même lorsqu’elle surjoue, comme savait le faire si bien, jadis, Gena Rowlands.

Pierre Murat, Télérama