Et mon coeur transparent

« Je m’appelle Lancelot Rubinstein, ma femme est morte ce jour-là, à cet instant précis. Elle s’appelait Irina. Le plus étrange dans cette histoire c’est de découvrir la personne avec laquelle on vit une fois qu’elle est morte. »

Thriller de Raphaël et David Vital-Durand

Avec Julien Boisselier, Caterina Murino

France, 1h26

mercredi 13 juin - 17h

vendredi 15 juin - 21h

dimanche 17 jiuin - 17h

lundi 18 juin - 18h30

mardi 19 juin - 21h

Loin de la figure romanesque qui lui a valu son prénom, Lancelot est un chevalier assoupi et déconnecté du monde qui assume dans son premier monologue d’ouverture, en voix off, vivre dans « une absence paisible aux autres ». Julien Boisselier, qui incarne ici l’anti-héros, donne brillamment corps à un personnage complexe glissant vers la folie grâce à une interprétation toujours sur le fil, devenant rapidement l’intérêt majeur du film. La voix de l’acteur en off accompagne le récit d’une diction appuyée et d’un ton envoûtant, rappelant l’aspect incantatoire du poème de Verlaine, ce qui installe dès les premières minutes une ambiance mystérieuse et suscite la curiosité. Pour illustrer son basculement mental, les réalisateurs ne lésinent pas sur les effets visuels, mais avec beaucoup de précision : distorsions, jeux de miroirs, gros plan pour accentuer les signes du malaise du personnage. Ils jouent également sans cesse entre la surexposition dans les séquences extérieures pour signifier la sensation d’agression de Lancelot par les interactions sociales qui le mettent mal à l’aise, puis une lumière faible et indirecte lorsqu’à l’inverse il se retranche en intérieur sous l’emprise de médicaments douteux. Les bruits et les sons amplifiés interpellent et participent intelligemment à l’immersion dans l’étrangeté, comme les respirations, la déglutition ou encore la langue d’un chat qui se lèche les babines, pourtant à plusieurs mètres de nous.

Laëtitia Scherier, Critikat.com